Ma chronique :

Vous aimez sans doute la mythologie et l’histoire, les lettres classiques, avec « Carthage » paru chez Albin Michel dans la collection Les Belles Lettres, l’autrice espagnole Irène Vallejo nous plonge dans l’Antiquité avec érudition et nous procure un réel plaisir de lecture (même si j’émets des réserves sur ce dernier point). Il a été sélectionné pour le prix Femina étranger 2025. Nous sommes donc dans un roman polyphonique où les personnages alternent dans de très courts chapitres. On retrouve notamment Énée, un héros troyen né d’un père mortel et d’une déesse, Aphrodite, qui a fui Troie en proie aux flammes et à la destruction. Il est accompagné d’une poignée de fidèles compagnons et de son fils. Il est à la recherche du lieu où il devra bâtir une nouvelle cité pour transfigurer le malheur qui semble le poursuivre sans relâche depuis sa fuite. Il se retrouve à Carthage après de multiples péripéties dont l’autrice choisit de faire l’impasse. La reine de Carthage s’appelle Didon, mais elle est appelée aussi Elissa. Le dieu Éros souhaite que le demi-dieu Énée et Elissa tombent amoureux. L’accueil réservé à l’homme qui a abandonné Troie (c’est ainsi qu’il est jugé par les habitants de Carthage) est glacial. Lorsque Elissa et Énée succombent l’un pour l’autre aux affres de la passion, dans la cité, on conspire. À cela s’ajoute une lutte existentielle entre Carthage et les tribus du désert. Énée va-t-il fuir une nouvelle fois ? choisira-t-il l’amour d’Elissa à la poursuite de sa mission de demi-dieu devant trouver le lieu pour bâtir une cité nouvelle, héritière de Troie et des Grecs ? Plusieurs siècles plus tard, l’empereur Auguste demande à Virgile d’écrire « L’Énéide », le récit des épreuves d’Énée. Ce dernier est le légendaire fondateur de Rome. Le récit fait l’impasse sur tout ce qui précède l’arrivée à Carthage. On se concentre sur l’amour qui frappe Énée et Elissa. C’est un roman très bien écrit qui revisite de façon plus contemporaine cette histoire mythologique. Mais, j’ai néanmoins quelques réserves sur le livre d’Irène Vallejo. Le récit est trop linéaire et les personnages manquent de complexité, on est toujours à la surface des choses. La psychologie des protagonistes n’est pas assez développée. Pas de profondeur psychologique et une passion unissant Elissa et Énée qui semble tout droit sortie d’un roman à l’eau de rose. Au final, on obtient un roman certes très bien écrit, mais manquant de souffle épique (un comble pour un tel sujet), de rebondissements, ce qui fini par nous conduire sur les rivages de l’ennui, et c’est franchement dommage, car ce roman avait du potentiel.

Mon avis :

Note : 3 sur 5.

Date de publication : 20 août 2025 ; Éditeur : Albin Michel ; Nombre de pages : 288 p.