Ma chronique :

« Toute danse est un jeu, et tout jeu une fin en soi. Que font toutes créatures (…) sinon jouer sans cesse sur le globe de la terre (…) ».

Avec « Un jeu sans fin », son nouveau roman publié chez Actes Sud, Richard Powers clôt sa trilogie débutée avec « L’Arbre-Monde » puis « Sidérations ». Deux romans absolument vertigineux. Après avoir étudié la communication entre les arbres, après l’espace, Richard Powers s’intéresse aux océans qui recouvrent l’essentiel de la surface terrestre avec une biomasse infinie. C’est une ode à la nature, à l’écosystème des océans, au vivant. Le postulat est que nous connaissons davantage la lune que les profondeurs des océans. Il célèbre la beauté de la vie dans ces écosystèmes si riches et complexes. Il nous livre de merveilleuses descriptions des espèces les peuplant. De l’écologie à l’intelligence artificielle, c’est une odyssée qui s’offre à nous. Avec tout le talent qu’on lui connaît, il tisse une trame riche et complexe avec différents personnages que nous suivons avec un profond plaisir de lecture.

Il y a tout d’abord Evie qui est la fille d’un ingénieur canadien collaborant avec le commandant Cousteau. Dès l’âge de douze ans, Evie prend la décision de consacrer sa vie à l’étude des océans. Elle se donnera les moyens de réaliser son rêve. C’est le personnage que j’ai préféré dans ce roman. Elle a un fort caractère et son amour des créatures marines est sans limite. Richard Powers signe avec l’histoire d’Evie, les plus belles pages de son livre. On apprend beaucoup de choses et on est stupéfait par l’intelligence des raies-manta ou des dauphins, mais aussi de l’ensemble des espèces marines, de la plus infime à la plus imposante. Le second récit s’intéresse à l’intelligence artificielle ou IA. Le personnage de Todd va révolutionner l’IA en étant l’un des créateurs d’Internet et de son « océan » d’informations sur tous ceux qui fréquentent le web et ses milliards de pages indexées. Un moyen pour les marques de monétiser ces informations capitales pour bâtir des fortunes colossales aux mains de quelques-uns. C’est une révolution dans l’histoire de l’humanité. Plusieurs récits s’interconnectent et c’est ce qui a toujours fait l’originalité, la puissance d’évocation des romans de Richard Powers. Science et écologie sont intimement liées, imbriquées dans ce roman fécond. Je ne vous présente pas les autres personnages, préférant insister sur ceux qui m’ont marqué durant ma lecture. Le monde du vivant et son évolution depuis des centaines de millions d’années, et en parallèle le monde des codes et des chiffres, du dieu Dollars, du consumérisme qui entraîne la pollution des océans à l’autre bout du spectre. Richard Powers insiste sur la fragilité des écosystèmes vivants, à l’image de ce qu’il avait déjà fait pour les forêts dans « L’arbre-monde ». Un roman engagé avec une véritable réflexion sur notre monde et son évolution.

Comme à chaque fois avec Richard Powers, le style d’écriture est d’une rare beauté. C’est aussi pour cela que je le lis toujours avec autant d’avidité. J’émets tout de même une réserve sur son nouveau livre. J’aurais souhaité qu’il se concentre encore davantage sur Evie et sa vie de scientifique étudiant les océans, multipliant les plongées comme autant de respirations dans sa vie. Les autres personnages m’ont paru un peu plus fades et c’est pour cette raison que j’ai préféré « L’Arbre-monde » et « Sidérations ». « Un jeu sans fin » demeure, malgré tout, un excellent roman, sans qu’il soit pour autant un coup de cœur total. Lire Richard Powers, c’est apprendre, c’est comprendre, c’est s’interroger sur l’évolution du monde, sur notre planète. C’est ce qui fait de lui l’un des plus grands écrivains américains contemporains.

Date de publication : 5 février 2025 ; Éditeur : Actes Sud ; Nombre de pages : 416 p.

Mon avis :

Note : 4.5 sur 5.