Ma chronique :

David Joy nous revient avec « Les deux visages du monde » paru chez Sonatine Éditions. Il y a très peu d’auteurs qui ont su bâtir une telle œuvre en si peu de temps. David Joy réalise une nouvelle fois un sans-faute avec ce nouveau thriller époustouflant. Je suis cet auteur américain depuis ses tout débuts avec « Le Poids du monde. » Je n’ai jamais été déçu par ses romans. Il allie avec un formidable talent, une écriture au cordeau, sombre, ténébreuse avec une sensibilité désarmante, nous tissant des personnages avec leur part de fragilité, leur fêlure, rendant même les assassins, malgré leur aspect pathétique, presque touchant jusque dans leur monstruosité. David Joy dépeint une situation donnée et ronge jusqu’à l’os, jusqu’à la substantifique moelle, les caractères de ces différents personnages, leur mise en abyme. Son style d’écriture est reconnaissable entre tous. Avec « Les deux visages du monde », il signe très certainement son meilleur roman à ce jour. Place au synopsis à présent pour vous immerger dans l’univers dépeint dans ce nouveau roman.

Nous sommes dans une toute petite ville de Caroline du Nord où les tisons ardents sont cachés sous le boisseau. Une ville où l’esclavage, qui a concerné nombre de propriétaires blancs de cette région au XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, est devenu un sujet tabou. Un homme est contrôlé dans une station service. Il boit dans sa voiture crasseuse et semble être un vagabond. Ce mystérieux voyageur possède une liste qui laisse à penser qu’il s’agit de membres du KKK, le Ku Klux Klan dont il ferait partie. Sur cette liste, des notables. Problème de taille, le lendemain la liste disparaît alors qu’elle était déposée au bureau du Shériff local. Dans un même temps, une jeune femme éprise de justice et idéaliste, revenue d’Atlanta, elle s’appelle Toya Gardner, une artiste afro-américaine, décide de mener une action de sensibilisation contre le racisme et le passé esclavagiste de la petite ville. Elle décide d’asperger de rouge une statue représentant un confédéré. L’objectif de provoquer un électrochoc est atteint, mais Toya a remué les braises et elles sont prêtes à s’enflammer. En ville, les menaces affluent et ce qui devait advenir arriva, Toya est assassinée. Le bureau du shériff se lance dans l’enquête pour retrouver le ou les coupables.

C’est un roman sur les faux semblants, la duplicité des êtres veules. Le KKK a des racines enfouies profondément et Toya les a sans doute sous-estimées. Son courage et son abnégation forcent le respect et la compassion. Elle est extrêmement courageuse et elle va payer de sa vie son engagement progressiste. La question du racisme est au cœur de ce roman, mais aussi celle de cette histoire, plaie encore à vif de l’esclavage. Jusqu’au bout, David Joy maintient un suspens haletant avant de résoudre cette énigme dans les toutes dernières pages. Les personnages sont tous intéressants avec chacun(e) leur part d’ombre et de lumière. C’est un thriller qui se dévore, un véritable page turner construit de main de maître par l’auteur. Avec « Les deux visages du monde », il confirme sa place prépondérante dans la littérature américaine. Ses thrillers ont ce supplément d’âme qui manque à tant d’autres. C’est un coup de cœur total. Vraiment, je recommande ce nouveau thriller, vous ne serez pas déçu, croyez-moi.

Mon avis :

Note : 5 sur 5.

Date de publication : 29 août 2024 ; Éditeur : Sonatine ; Nombre de pages : 432 p.