Ma chronique : Nous sommes dans le sud des États-Unis, dans une petite bourgade du nom de Charon où Titus Crown, ancien agent du FBI, est le tout premier Afro-américain à être élu shérif du comté. Une révolution, dans une région encore gangrenée par le racisme anti-noir et où les souvenirs du passé esclavagiste des propriétaires blancs locaux, font bondir Titus et les Noirs de Charon. Pour certains Blancs, revisiter le passé, le célébrer, est un acte politique. La méfiance est latente, des deux côtés des communautés. Les Blancs sont en colère et les tensions raciales prégnantes. Lorsqu’un jour, au lycée de Charon, un jeune Noir prénommé Latrell abat M. Spearman, le professeur préféré de l’établissement, avant d’être abattu à son tour par la police locale, Titus sait que les prochaines semaines vont être très difficiles. Une perquisition chez Spearman, pour connaître les raisons de ce meurtre, permettra de tomber sur des clés USB contenant des vidéos à caractère pédopornographique mettant en scène les assassinats de six adolescents Noirs. Spearman était donc un malade de la pire espèce, un monstre, ce qui remet en cause l’aspect lisse et sans histoire du personnage, que tous pensaient connaître. Mais sur ces vidéos, outre Latrell et Spearman, un troisième homme est présent, dissimulé derrière un masque de loup. Qui est-il ? Quelques jours plus tard, six corps d’adolescents sont retrouvés enterrés sous un arbre. Bientôt, le criminel reprend du service et Titus n’est pas au bout de ses surprises. Une course contre-la-montre s’engage pour le retrouver. S.A. Cosby avec « Le Sang des innocents » nous plonge au cœur des dissensions raciales, religieuses, politiques dans une petite contrée du Sud des Etats-Unis. C’est bien écrit, passionnant à suivre, car les personnages ont tous leurs failles, à commencer par Titus. Celui-ci a un frère et un père avec qui il se rapproche. Mais, à Charon, il y a des secrets enfouis, des non-dits, une ville coupée en deux où même les pompes funèbres sont choisies selon que l’on est blanc ou noir. L’enquête est passionnante, à multiples tiroirs. Qui se cache derrière ce masque de loup ? Cet homme qui fait référence à la Bible pour justifier ses crimes atroces. On découvre toute la difficulté pour un shérif noir d’imposer son autorité et de faire respecter la loi lorsque le racisme est inscrit aussi profondément dans l’ADN d’une petite ville. Une plume sensible, une analyse fine d’une situation complexe, celle du racisme endémique. Un récit sombre où l’on plonge dans le mal dans ce qu’il a de plus abject et absolu. S.A. Cosby s’inscrit d’ores et déjà parmi les plumes du thriller américain à suivre absolument. Il n’a rien à envier à un R.J. Ellory, par exemple, pour qui j’ai d’ailleurs, vous le savez, une profonde admiration. Une plongée cathartique avec un shérif profondément attachant, pris dans ces soucis personnels mais, aussi et surtout plein d’amour et d’honnêteté, de probité, dans l’approche de son métier. On y découvre une Amérique qui n’en a pas fini avec ses démons. C’est publié chez Sonatine et c’est peu dire que je vous le recommande.

Mon avis :

Note : 5 sur 5.