Je remercie très chaleureusement les éditions Albin-Michel et sa formidable collection Terres d’Amérique, dirigée par Francis Geffard, pour ce service presse.

Ma chronique : « Mon nom dans le noir » de Jocelyn Nicole Johnson a été finaliste de nombreux prix prestigieux et c’est son tout premier roman. Précédé d’éloges la plaçant dans la droite lignée d’une Toni Morrison ou bien encore de Colson Whitehead (excusez du peu), on peut avoir deux types de réaction face à autant de références prestigieuses : se dire que s’est bien trop présomptueux, précipité ou bien encore cela peut mettre une sacrée pression à l’auteure. Là, en l’occurrence, après un démarrage avec un temps nécessaire pour s’imprégner d’un univers dystopique, on relève assez rapidement le talent de Jocelyn Nicole Johnson. Nous sommes à Charlottesville en Virginie. Les Afro-américains de cette ville voient défiler les semaines et s’installer, peu à peu, un climat d’émeutes visant à écarter les noirs de cet Etat des Etats-Unis. L’Amérique plonge dans la guerre civile, on pourrait même parler de guerre « raciale » provoquée par des suprémacistes blancs. Il y a une profonde angoisse qui traverse ce roman. La question en filigrane c’est : « Et si cette dystopie devenait réalité ? » L’Amérique traverse des temps difficiles. L’élection 2024 voit s’affronter deux conceptions de la société. Les Républicains les plus extrémistes qui soutiennent Trump ne sont pas sans menace pour l’équilibre, déjà précaire, de la société américaine. On sent que le basculement dans une confrontation violente entre communautés n’est pas si utopique que cela malheureusement. Certains discours du candidat républicain font froid dans le dos. On ne peut s’empêcher, en lisant ce roman, qui nous montre un groupe d’une dizaine de personnes noirs tenter de sauver leur vie sur la plantation historique de Thomas Jefferson, de songer au contexte politique si angoissant et particulier de 2024. Un livre qui s’inscrit donc, plus que jamais, dans un contexte de cauchemars d’où remontent les fantômes du passé : l’esclavage, la ségrégation, le racisme. Pour les noirs américains, le traumatisme est entier et toujours très présent. La crainte d’une accentuation d’une réalité déjà très difficile est omniprésente. Finalement l’arrivée au pouvoir de Barack Obama n’aura été qu’un coup d’épée dans l’eau. 15 ans après, rien n’a vraiment changé. Je recommande ce roman dystopique qui souligne avec un talent admirable les points de tensions de la société américaine. C’est superbement écrit, pleins d’émotion, d’une acuité saisissante et puis cette fin qui moi m’a bouleversé. Un grand livre d’une auteure à suivre.

Ma note :

Note : 5 sur 5.