Littérature - Histoire - Poésie

Littérature : « Astoria » de Washington Irving (chez Libretto)

20200212_194903L’Histoire : Avant la ruée vers l’or et la conquête de la Californie, John Jacob Astor, un émigré allemand fut le premier multimillionnaire en dollars américains grâce à l’exploitation de fourrures. Il nous emmène dans ce qu’a été la vraie première richesse de l’Ouest, la forêt, qui faisait vivre tout un peuple de trappeurs, ainsi que des négociants de Montréal à Londres en passant par New York. Astor voulait créer un Empire de la fourrure, dont la capitale se serait appelée Astoria. Ce n’est pas seulement l’histoire d’une quête économique qui nous est racontée, mais bien la conquête d’un nouveau monde, d’une terre de songe qui porte en elle toutes les promesses du futur. On y explore, avec Washington Irving, les montagnes glacées, les flèches des Indiens, les flots du Pacifique ; l’écrivain invente devant nous un genre qui sera l’un des grands mythes du XXe siècle : le western

Je remercie chaleureusement les éditions Libretto ainsi que Babelio pour cette lecture et leur confiance.

C’est en 1834, que l’homme d’affaires et célèbre financier John Jacob Astor propose à Washington Irving d’écrire l’histoire d’Astoria. Irving est alors tout juste rentré aux États-Unis, auréolé, des deux côtés de l’Atlantique, du statut de plus grand écrivain américain de son époque. Le livre d’Irving « Astoria«  sera publié en octobre 1836 et il connaîtra un immense succès public et critique dès sa sortie. « Astoria » c’est l’histoire d’une expédition pensée et financée par John Jacob Astor entre 1810 et 1813, d’où le nom donné aux membres de l’expédition qui sont appelés les « Astoriens ». Astor détenait la moitié des parts de la Pacific Fur Company mais également de l’American Fur Company, compagnies spécialisées dans le commerce des fourrures. Astor souhaitait trouver dans la région du fleuve Columbia des zones de chasse pour alimenter ses commerces en fourrures. Deux groupes participèrent à l’expédition d’Astor. Le premier devait rejoindre par la terre l’embouchure du fleuve Columbia alors que le second groupe devait s’y rendre par la mer. Le premier groupe devait explorer l’intérieur des terres tandis que le second avait pour but de commencer la construction d’un fort près de l’embouchure du fleuve. Avant l’or, la forêt fût une source de commerce de la fourrure qui faisait vivre tout un peuple de trappeurs (franco-canadiens pour la plupart), de chasseurs, de négociants. L’essor de la collecte euro-américaine de peaux de castor et de bison conduit à de nombreux mariages de trappeurs et de traiteurs, souvent de langue française parmi les Sioux. Jusqu’aux années 1840, les relations entre Blancs et Indiens des Plaines sont, dans l’ensemble, pacifiques, en dépit de quelques accrochages qui ne manquent pas d’être narré dans « Astoria » avec le soucis du détail et une puissance d’évocation qui en font un témoignage de première main sur cette histoire. C’est ce rêve déçu, d’instaurer un Empire des Fourrures de l’autre côté des Rocheuses avec Astoria pour capitale, qui nous est raconté avec talent par Washington Irving. L’échec d’Astoria rejoint la légende, celles de ces hommes qui partirent au péril de leur vie tenter l’aventure, peu après la célèbre expédition Lewis et Clark. Les membres de ces deux expéditions connurent la faim, la rudesse de ces paysages, la souffrance sur les rapides de la Columbia, le froid et la solitude des montagnes, les relations parfois tendues avec les peuples Indiens.. L’expédition terrestre permit d’explorer le Wyoming et de découvrir le South Pass, un passage permettant de franchir les Rocheuses plus facilement. On considère « Astoria » comme le chef d’œuvre de Washington Irving, un roman entre récit de voyage, d’aventure avec le soucis d’un réalisme nouveau pour l’époque, et les légendes de l’Ouest sauvage. Si le style d’écriture est par bien des aspects un peu suranné, le souffle épique de ces aventures ne manque pas de nous apprendre des éléments sur la vie de ces trappeurs, des Indiens qu’ils rencontrent sur leur périple. Le récit est enlevé il peut être vu comme un excellent moyen d’appréhender les mentalités d’alors surtout du côté des hommes blancs car le regard porté sur les Indiens est lui, le fruit des préjugés sur eux, notamment de leur prétendue sauvagerie et de leur goût pour la rapine. Il faut bien évidemment remettre dans le contexte des idées de cette période de l’histoire des États-Unis, certains passages qui aujourd’hui heurtent nos sensibilités. Malgré ces quelques réserves, je trouve pour ma part que c’est une riche idée que celle des éditions Libretto de republier ce roman témoin de son époque. Irving y décrit la dégradation des relations entre les tribus indiennes et les populations blanches des États-Unis. Récit crépusculaire d’un rêve évanoui, d’un monde qui n’est déjà plus au moment où Irving publie son roman, histoire aussi d’une lutte tragique qui débouchera sur cinquante ans de guerre dans les plaines. Je ne peux que vous inviter à découvrir ce texte témoin important d’une époque.

Ma note: 4/5

Poche : 482 pages
Éditeur : Libretto (6 février 2020)
Collection : LITT ETRANGERE

 

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(33 commentaires)

  1. Merci beaucoup ! C’est un livre dense, riche qui nous permet de replonger dans une période passionnante mais aussi terrible de l’histoire de l’Amérique. On y retrouve tous les ingrédients qui feront les légendes de l’Ouest sauvage.. Un véritable récit d’aventure ! Gros bisous 😊

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  2. J’ai un cours sur la ruée vers l’or ce semestre – très intéressant mais très dense – qui fait un parallèle entre l’histoire et les westerns. Du coup, je me dis que c’est un roman pour moi 😉

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  3. Génial ! Cécile, je suis abonné au magazine L’histoire et je te recommande le numéro 468 de Février 2020 sur « L’empire sioux, puissance et massacres ». Je le lis en ce moment et je pense qu’il compléterait parfaitement ton cours qui doit être très intéressant sur la ruée vers l’or😉 Alors ce roman de Washington Irving se situe avant la ruée vers l’or. Il a été publié en 1836 et il nous raconte des faits se déroulant entre 1810 et 1813. Il parle plutôt des trappeurs, des coureurs des bois, de toute cette économie de la fourrure et bien sûr des Indiens qu’ils côtoient. Voilà pour la petite précision. Tu as de la chance d’avoir des cours sur ce sujet c’est chouette. 😊

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  4. Je comprends. En fait c’est un roman précurseur de 1836 qui a ouvert la voie aux ouvrages qui conteront la ruée vers l’or à partir des années 1850. Merci, oui c’était une belle lecture mais je reconnais qu’il faut apprécier le style.. Belle soirée à toi Julie 😉

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  5. Hello Fred! Voilà une belle lecture aux airs historiques ! Ce n’est pas ma tasse de thé, mais je salue toujours tes billets d’une qualité et d’une bienveillance rare. Je te fais de gros bisous d’une Alsace en demi teinte !

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  6. C’est surement un bon livre et tu en parles si bien!
    Mais je ne vais pas le lire. Assister à l’invasion d’Européens chez les Amérindiens va gravement me perturber.
    Je sais déjà comment l’histoire s’est déroulée, j’ai beaucoup lu des témoignages d’Amérindiens et ressenti ce choc des cultures si différentes! J’ai si mal à chaque fois!
    Belle journée à toi.

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  7. Les écritures surannées ont aussi leur charme … on peut parfois préférer certains styles du 19è siècle à des styles actuels un peu trop brutaux ou sensationnalistes. Malgré tout, les romans d’aventures ou la conquête de l’Ouest ne sont pas tout à fait dans mes thèmes de prédilection … Merci en tout cas pour cette chronique très instructive 🙂

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  8. Coucou Gwen ! Merci beaucoup. Oui je comprends. C’est un récit d’aventure avec le style un peu suranné de l’époque, leur façon de penser qui n’est plus du tout la même que celle d’aujourd’hui. De gros bisous de Bretagne où j’ai hâte au doux soleil printanier, j’en rêve !! ☀️😊🐶

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  9. Je ne sais pas s’il s’agit tout à fait de la même époque, mais j’ai beaucoup aimé un roman de Jim Fergus Mille femmes blanches, qui se déroulent aussi dans les plaines de l’ouest américains.

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  10. Le nom de Washington Irving me disait quelque chose… Avec ma mémoire de poisson rouge, je suis allée voir sur Wikipedia et me suis souvenue avoir lu “The legend of Sleepy Hollow”, un classique pour les américains. J’aime assez les vieilles autobiographies, même romancées: elles nous replongent dans un le passé avec un regard tout différent du nôtre.
    À plus, Fred, merci!

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  11. Pas cool ça, qu’ils prennent bien soin d’eux et fassent attention. Je respecte le confinement moi aussi. C’est une situation inédite, on se croirait revenu il y a un siècle, au temps de la Grippe espagnole.. avec heureusement je l’espère de tout cœur pas le même nombre de victimes 😔

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