Littérature : « Là où chantent les écrevisses » de Delia Owens (Le Seuil)

141286_couverture_Hres_0L’Histoire : Pendant des années, les rumeurs les plus folles ont couru sur  » la Fille des marais  » de Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Pourtant, Kya n’est pas cette fille sauvage et analphabète que tous imaginent et craignent. A l’âge de dix ans, abandonnée par sa famille, elle doit apprendre à survivre seule dans le marais, devenu pour elle un refuge naturel et une protection. Sa rencontre avec Tate, un jeune homme doux et cultivé qui lui apprend à lire et à écrire, lui fait découvrir la science et la poésie, transforme la jeune fille à jamais. Mais Tate, appelé par ses études, l’abandonne à son tour. La solitude devient si pesante que Kya ne se méfie pas assez de celui qui va bientôt croiser son chemin et lui promettre une autre vie. Lorsque l’irréparable se produit, elle ne peut plus compter que sur elle-même…

Je remercie chaleureusement les éditions Le Seuil ainsi que Babelio pour cette lecture et leur confiance.

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« Là où chantent les écrevisses« , le titre du tout premier roman de l’auteure américaine Delia Owens, fait résonner en nous toute la poésie, l’éclat délicat et ciselé de son style d’écriture. Il est publié aux éditions Le Seuil et c’est un livre qui a déjà conquis quatre millions de lecteurs notamment aux États-Unis où il fait figure de phénomène littéraire. Une adaptation au cinéma est d’ailleurs en cours. Il faut dire que ce magnifique roman tout en sensibilité réussi le pari audacieux de réunir des lecteurs de tous les horizons, tant cette célébration de la nature est un hymne universel et panthéiste qui fait sens auprès de nos consciences écologiques éveillées. Delia Owens est diplômée en zoologie et biologie et c’est tout naturellement que son premier roman s’inscrit géographiquement dans un lieu sauvage, un marais proche de la petite ville de Caroline du Nord du nom de Barkley Cove. Nous sommes dans les années 1950-1960. L’héroïne s’appelle Catherine Danielle Clark mais tout le monde la connait et l’appelle par son autre surnom « la Fille des marais » ou Kya. On dit d’elle toutes sortes de choses colportées par la rumeur. Kya n’est encore qu’une enfant de dix ans à peine lorsque Ma fuit la violence et l’alcoolisme d’un homme fou. Ma laisse Kya ainsi que ses frères et sœurs. Très vite, tous fuis, seul demeure kya qui vivra avec ce spectre de père irascible et délirant lorsqu’il boit. Bientôt, il s’absente de plus en plus longtemps de la cabane où ils vivent. Et puis un jour, Pa ne revient plus et voici Kya, enfant, seule et livrée à elle-même. Les services sociaux la recherche pour l’emmener à l’école. Elle y restera une journée seulement, moquée et vilipendée par ses camarades qui ne voient en elle qu’une souillon, une sauvageonne illettrée et sans intérêt. Kya se cache et les Marais deviennent son sanctuaire et son refuge. Elle se sert d’une petite embarcation pour pêcher et échanger le fruit de son travail contre un peu d’essence pour son bateau, de la nourriture et de quoi faire fonctionner sa lampe à pétrole. Les mois s’égrènent et cette solitude devient son quotidien. Pas d’amis, pas de famille, peu de contacts avec l’extérieur du marais sauf pour quelques courses. En se baladant dans les lagunes, son refuge, elle fait un jour la connaissance de Tate, un tout jeune adolescent, un peu plus vieux que Kya. Il déborde d’affection pour elle et décide de l’apprivoiser peu à peu. Il lui apprendra à lire et à écrire, lui fait découvrir les noms des espèces animales vivant dans le marais. Kya apprend, elle revit au côté de Tate. Mais les années passent et bientôt Tate doit lui aussi partir pour poursuivre ses études dans une grande ville. Ce départ est vécu comme un abandon, une trahison.. Et puis un jour, surgit Chase.. Delia Owens signe un premier roman bouleversant conçu telle une tragédie grecque à la beauté élégiaque. On se consume en lisant la puissance d’évocation et le lyrisme de ces pages. Une ode à la liberté, à la solitude, à l’émancipation, à cette nature célébrée comme un personnage à part entière dans ce livre. On vibre, on est ému, on a peur pour Kya et on s’attache viscéralement à cette héroïne tragique qu’on ne veut plus quitter. Rarement un livre ne m’aura autant happé par son histoire, par son style d’écriture. L’émotion est à fleur de peau, le poids du destin implacable. Je ne vous dévoile rien de plus sur l’enquête qui est au cœur de cette histoire brûlante, étourdissante. Je vous laisse le plaisir intact de découvrir Kya, celle que l’on surnomme « la Fille des marais ». Quelque chose me dis qu’une fois terminé, ce roman laissera une trace en vous, un sillon, une empreinte qui sont la marque des grands auteures. « Là où chantent les écrevisses » est un immense roman qui vibre en nous comme un écho déchirant de ces êtres rejetés, seuls parce que différent.

Ma note: 5/5

Broché : 480 pages
Éditeur : Le Seuil (2 janvier 2020)
Collection : Romans étrangers (H.C.)