Littérature : « Mon Territoire » de Tess Sharpe (Sonatine Editions)

9782355847653_1_75L’Histoire : À 8 ans, Harley McKenna a assisté à la mort violente de sa mère. Au même âge, elle a vu son père, Duke, tuer un homme. Rien de très étonnant de la part de ce baron de la drogue, connu dans tout le nord de la Californie pour sa brutalité, qui élève sa fille pour qu’elle lui succède. Mais le jour où Harley est en passe de reprendre les rênes de l’empire familial, elle décide de faire les choses à sa manière, même si cela signifie quitter le chemin tracé par son père.

Une nouvelle fois, les éditions Sonatine nous dénichent avec « Mon Territoire » un thriller crépusculaire et, dans un même élan, lumineux à l’image de son héroïne charismatique et touchante : Harley McKenna. Tess Sharpe est la nouvelle pépite du thriller américain. Sa force, un style d’écriture incarné, sublime et une capacité à créer un univers ambiguë, sombre, celui du Duke, baron de la drogue d’une ville du nord de la Californie et de sa fille Harley. A 8 ans, Harley voit sa mère mourir de façon violente tandis que son père la met en garde contre les dangers qui la guettent. Duke tue, sa fille l’a surpris un jour, mais elle refuse le poids de cet héritage lourd de violence, de rapports de forces. Plus elle grandit et plus elle ressent comme une douleur, un déchirement, cet écartèlement entre un désir de ne pas décevoir son père et ses propres aspirations avec cette règle d’or, celle de ne pas tuer. Harley est élevée avec un garçon du nom de Will. Ce n’est pas son frère de sang et ils s’aiment depuis le premier jour. Elle cache un secret sur Duke qu’elle ne peut partager avec personne car elle a offert sa parole à ce dernier de ne rien dire. A l’heure où l’empire familial est en passe de lui revenir, Harley a un plan pour changer la donne dans cette ville qu’elle aime tant. Tout le monde a peur du Duke, même le shériff qui est à sa botte, terrorisé par sa violence et voué au silence parce que corrompu comme beaucoup de personnes de cette contrée. Une autre famille voue une haine farouche au clan du Duke. Ils sont suprémacistes blanc, néonazi et depuis plusieurs générations ces deux familles éprouvent une haine féroce l’une pour l’autre. Tess Sharpe dresse le portrait d’une Amérique en déliquescence du fait de la drogue (la Meth), de la corruption, du racisme, de cette violence endémique qui en découle. Au milieu de ce chaos que n’aurait pas renié un David Joy, il reste une force capable de s’y opposer : celle de l’amour, de la compassion.. En hommage à sa mère trop tôt disparue, Harley poursuit son combat contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Elle les hébergent dans un hôtel qui appartient au Duke. Ce dernier, malgré sa violence extrême, a quelques principes, aussi il laisse sa fille agir contre ce fléau. La force de ce roman c’est son humanité, son amour niché en creux comme celui d’un père pour sa fille, ou de Harley pour Will. Alors que l’apocalypse s’abat sur cette ville californienne, à l’heure des rancœurs et des luttes de pouvoir où les trahisons se font légions, Harley va devoir trouver sa place et choisir entre le destin qu’on lui impose et celui qu’elle se dessine. Un thriller magnifique sur la transmission, la rédemption, sur ce qui fait de nous des êtres complexes d’ombre et de lumière. Jamais manichéen, on est emporté par le souffle et la puissance d’évocation d’un récit aux dimensions tragiques et universelles. Brillant.

Ma note: 5/5

Broché : 566 pages
Éditeur : Sonatine (29 août 2019)

AVT_Tess-Sharpe_9692

Carine-Fannius-rejoint-Sonatine-