Littérature : « Le cœur battant du monde » de Sébastien Spitzer

9782226441621-jL’Histoire : Dans les années 1860, Londres, le cœur de l’empire le plus puissant du monde, se gave en avalant les faibles. Ses rues entent la misère, l’insurrection et l’opium. Dans les faubourgs de la ville, un bâtard est recueilli par Charlotte, une Irlandaise qui a fui la famine. Par amour pour lui, elle va voler, mentir, se prostituer sans jamais révéler le mystère de sa naissance. L’enfant illégitime est le fils caché d’un homme célèbre que poursuivent toutes les polices d’Europe. Il s’appelle Freddy et son père est Karl Marx. Alors que Marx se contente de théoriser la Révolution dans les livres, Freddy prend les armes avec les opprimés d’Irlande.

Sébastien Spitzer poursuit son exploration du passé, de l’histoire avec toujours cette faculté extraordinaire qu’il possède, celle de tisser entre eux les différents liens d’un récit passionnant, envoûtant à plus d’un titre. « Le cœur battant du monde« , tout comme son prédécesseur, ne manque pas de ce souffle qui habite les textes enlevés et qui convoquent, entre autres, les fantômes de Karl Marx, d’Engels et de toute une époque frémissante dans les années 1860, en Angleterre où germait déjà les graines des grandes tragédies à venir, celles des Totalitarismes du XXème siècle. L’industrialisation, la mondialisation s’étaient immiscées dans la vie de l’empire le plus puissant du monde. Déjà, le profit se concentrait dans les mains de quelques-uns tandis que la masse du peuple croulait sous le poids des dettes et de la misère, du travail dans des conditions apocalyptiques et de la vie dans des quartiers populaires insalubres. Il y a du Dickens dans ce Sébastien Spitzer mené de main de maître et qui nous emporte par un style d’écriture ciselé et une analyse fine qui nous permet de nous projeter dans une vision à l’échelle multiscalaire, celle de la guerre de sécession aux États-Unis qui a un impact sur la production de coton exportée vers l’Angleterre, obligeant de nombreuses manufactures à fermer leur porte et poussant les ouvriers au chômage. Là encore, l’impact d’évènements lointains sur la vie de ces travailleurs nous montre combien les liens étaient inextricables tant du point de vue économique que financier. Mais revenons-en à notre histoire, car ici il est aussi question de l’intime, de Karl Marx qui eût un enfant caché avec une employée. Il s’appelle Freddy et il est né le 23 juin 1851. Il n’a jamais été reconnu par son illustre père et sera confié à une jeune femme irlandaise pauvre, Charlotte, qui devra à tout prix gardé le poids du secret de cette naissance illégitime. A Londres puis à Manchester, il faudra vivre caché, traqué par les polices d’Europe et aussi par les hommes de main du frère noble et richissime prussien de la femme de Marx surnommée Jenny la rouge, née baronne mais qui renoncera à tout pour suivre la destinée de son idole de mari : Karl Marx. Ce dernier mènera une vie de bourgeois, dépensant sans compter l’argent qu’il devait au soutien financier essentiel de son ami Engels, le fameux Lord du coton. On suit donc le parcours de Charlotte et Freddy dans cette Angleterre industrialisée de la seconde moitié du XIXème siècle, on y lit la misère, la souffrance des Irlandais qui peuplaient ces quartiers insalubres des grandes villes anglaises. Ils n’avaient rien ou presque et devaient lutter pour leur survie au quotidien. « Le cœur battant du monde » est une véritable plongée, une immersion dans cet univers où l’argent faisait ou défaisait les réputations, où les hommes valaient à peine plus que des bêtes de somme. Sébastien Spitzer confirme avec ce nouveau livre tout le potentiel entrevu dans « Ces rêve qu’on piétine » son tout premier roman. Il poursuit dans la veine du roman historique et s’inscrit d’ors et déjà comme un des auteurs marquant de cette rentrée littéraire.

Ma note: 5/5
Broché : 448 pages
Éditeur : Albin Michel (21 août 2019)

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