Littérature : « Ces rêves qu’on piétine » de Sébastien Spitzer

sebastien spitzer ces reves qu'on piétineL’Histoire : Sous les bombardements, dans Berlin assiégé, la femme la plus puissante du IIIe Reich se terre avec ses six enfants dans le dernier refuge des dignitaires de l’Allemagne nazie. L’ambitieuse s’est hissée jusqu’aux plus hautes marches du pouvoir sans jamais se retourner sur ceux qu’elle a sacrifiés. Aux dernières heures du funeste régime, Magda s’enfonce dans l’abîme, avec ses secrets. Au même moment, des centaines de femmes et d’hommes avancent sur un chemin poussiéreux, s’accrochant à ce qu’il leur reste de vie. Parmi ces survivants de l’enfer des camps, marche une enfant frêle et silencieuse. Ava est la dépositaire d’une tragique mémoire : dans un rouleau de cuir, elle tient cachées les lettres d’un père. Richard Friedländer, raflé parmi les premiers juifs, fut condamné par la folie d’un homme et le silence d’une femme : sa fille. Elle aurait pu le sauver. Elle s’appelle Magda Goebbels.

« Ces rêves qu’on piétine » de Sébastien Spitzer nous plonge dans la psychée de Magda Goebbels, la femme de l’âme damnée d’Hitler, Joseph Goebbels. Dit comme cela, abruptement, on peut se demander l’intérêt de la démarche. Nous le savons tous, Magda fût la première dame du IIIème Reich, elle donnera six enfants à son terrifiant mari, le nabot boiteux ivre de haine, chargé jusqu’à ras la gueule par la morgue et le dégoût pour toute forme de compassion, d’humanité vu par lui comme étant de la pire des faiblesses. Magda fût trompée par tout ce que l’Allemagne comptât de premier ou second rôle au théâtre comme au cinéma dans une Allemagne nazie où le ministre de la propagande, apôtre de la radicalité, ne reculait devant rien pour tailler des croupières aux autres paladins du Reich qui devait durer mille ans.. les Speer, Ribbentrop, Himmler, Bormann.. Nous sommes en avril 1945, l’Allemagne est vaincue depuis longtemps, et pourtant Hitler, aidé de fanatiques comme Goebbels continue d’alimenter le brasier. Le bateleur, l’artiste raté veut soigner ces adieux au monde. Il se suicidera à Berlin dans son bunker de la chancellerie le 30 avril. Magda Goebbels et ses enfants ainsi que Goebbels le suivront dans la mort le lendemain 1er mai. Magda, l’infanticide des six enfants né(e)s du second mariage avec Joseph Goebbels. Un fils survivra, pilote de la Luftwaffe et prisonnier en Italie. Il est le fruit d’un premier mariage (1921-1929) avec Günther Quandt, le richissime magnat et sa famille possédant BMW et les usines d’accumulateurs AG Afa (future Varta), un rouage incontournable de la machine de guerre nazie. On suit ainsi les pensées de Magda Goebbels, terrée, avec ses six enfants, son mari Joseph Goebbels et quelques fidèles nazis, dans le bunker avec Hitler à la fin d’avril 1945. La folie, la radicalité, les mensonges de Magda Goebbels font froids dans le dos même quand on a lu mainte et mainte fois les récits sur ces journées au moment de la chute de Berlin tombée aux mains des Soviétiques et de Joseph Staline. On affronte ce tunnel dans les limbes du fanatisme nazi avec un sentiment d’écœurement face à la monstruosité des actes de cette femme infanticide (elle empoisonnera six de ses enfants avec du cyanure). Son ambition démesurée s’accommodera durant toutes ces années de conflit mondial avec les crimes massifs perpétrés par les nazis. « Ces rêves qu’on piétine » est une œuvre de fiction qui s’appuie néanmoins sur des éléments historiques avérés. Le génie de Spitzer tient dans l’entremêlement des récits et des voix. Outre Magda Goebbels, on suit Ava, petite fille née dans les camps et sa maman durant les marches de la mort qui firent des dizaines de milliers de victimes sur les routes d’Allemagne entre janvier et avril 1945. C’est ce second récit qui est le plus intéressant à mon sens. Au milieu des ténèbres, des souffrances, des atrocités commises par des Allemands fanatisés par douze ans de nazisme, Ava entrevoit la lumière.. Pour les hauts dignitaires nazis par contre, l’heure de solder les comptes est venu. Ava, la petite fille est détentrice d’un secret, des lettres de Richard Friedländer. Il était avant la guerre un riche commerçant juif, et il est le beau-père de la jeune Magda Goebbels qui s’appelle alors Magda Friedländer.. Un livre sublime porté par une plume rare, aux phrases ciselées qui nous montrent l’horreur de ces dernières semaines de conflit. C’est un récit sur la souffrance, la folie, le fanatisme, l’ambition, la sauvagerie d’un régime, qui même aux abois, n’aura de cesse de se radicaliser et de conduire à la mort des millions d’hommes, de femmes et d’enfants.. « Ces rêves qu’on piétine » de Sébastien Spitzer marque les esprits et laisse une trace, de celle qu’on n’oublie pas. Un très grand livre assurément.

Ma note:5/5.

Broché: 304 pages
Editeur : Les éditions de l’observatoire (23 août 2017)
Collection : LITTERATURE/SC.

sebastien spitzer ces reves qu'on piétine 123